Inchiesta sulla vita dello spettacolo vivente

12 luglio 2003
Pubblicato da

di Carla Benedetti

Avignone. Ragazze sdraiate a terra. Sul corpo un cartello: “Spectacle vivant (barrato) = Culture Morte”. “Ci chiedono se morire ora o fra tre mesi”, dice uno degli intermittents (attori, registi e tecnici) dello “spettacolo dal vivo” (come lo chiamano i francesi) che hano fatto chiudere con sciopero e proteste il festival d’Avignone.
Mai successo prima. In più di un mezzo secolo d’esistenza, non era mai successo che questo festival non si tenesse. Eppure per molte compagnie è stato un sacrificio terribile. Molte si sono indebitate per poter presentare il loro spettacolo. Se non recitano soccombono. E hanno deciso di non recitare.
E’ un messaggio forte, estremo, ma proporzionale alla gravità della situazione.
Tutto ciò che c’è di vivo nel teatro e nell’arte rischia di morire soffocato. Ma non solo dai tagli del governo sull’indennità di disoccupazione.
Qualcuno ha detto che in Italia nessuno si è mosso contro tagli ben più pesanti. E’ una sfida. Cosa aspettiamo a dire cos’è che in Italia soffoca il teatro, l’arte e la creazione?
Non occorre un’analisi sofisticata. Basta parlare.

Il collettivo dei precari della Haute-Normandie sfilava con uno striscione che porta questa massima di Victor Hugo: “celui qui lutte peut perdre, celui qui ne lutte pas a déjà perdu” (chi lotta può perdere, chi non lotta ha già perso).

In un forum francese sulla lotta dei precari dello spettacolo, ho trovato questo testo.(www.fluctuat.net).
L’urgenza mi spinge a riportarlo senza tradurlo. Lo farò al più presto.

Porte-avions du spectacle ou intermittent nucléaire ?

Prenons le cas maintenant de l’assurance chômage des intermittents du spectacle, qui coûte exactement dix fois moins cher qu’un porte-avions nucléaire, c’est à dire 700 millions d’euros Le cogestionnaire de la caisse, qui est le Medef présidé par Ernest-Antoine Seillière, en accord avec le gouvernement, a décidé de doubler les cotisations, en attendant de pouvoir supprimer le fameux statut des intermittents, ce qu’il essaye de faire depuis des années. Le patronat et le gouvernement, grâce à la comptabilité analytique, ont considéré que l’organe de la société française appelé “culture” générait un déficit. Ensuite, ils ont observé que les acteurs de la culture – les artistes, comédiens, danseurs, musiciens, techniciens, metteurs en scène de théâtre et de cinéma – ne constituaient pas, à eux tous, un organe vital de la société. Et ils ont raison : si nous supprimons les artistes, nous continuerons à nous nourrir, à digérer cette nourriture et à en évacuer les déchets dans les endroits prévus à cet effet. Et l’on peut considérer que c’est le principal. On peut même voir plus loin, et se dire que, dans la mesure où la culture procure à ceux qui en nourrissent leur esprit un sens critique aiguisé et une liberté de penser, le pouvoir, s’il ne veut pas être remplacé aux prochaines élections, a tout intérêt à considérer qu’avec ” Star Academy ” et ” Télé-foot ” le populo en
sait juste assez pour revoter pour les mêmes aux prochaines élections.

Et si vraiment il y en a qui veulent devenir musicien ou scénariste, ils n’ont qu’à avoir un bon métier pour gagner leur vie, et se consacrer à l’art pendant les week-ends. Combien de dentistes jouent du saxophone
dans les pizzerias, le samedi soir, combien de notaires écrivent des romans que leur vieille maman lit avec fierté, combien de coiffeurs exposent leurs excellentes toiles dans nos crêperies, combien de gynécologues jouent Knock avec talent devant leurs amis du Lions Club ? Avec les petites caméras vidéo que l’on peut acheter partout pour trois fois rien, les tripiers et les conseillers à la Cour des comptes peuvent rivaliser avec Comencini en filmant leurs enfants.

Le système des intermittents du spectacle a trois fonctions : il permet à des artistes de vivre, tout en se consacrant entièrement à leur art. Car l’art comme on dit, est difficile. Il engage toute une vie. Pour bien jouer un rôle, pour bien écrire un texte, pour exécuter ou composer un morceau de musique, il faut y consacrer toute son existence. Comme si l’on ne savait pas qu’il fallait du temps pour atteindre sinon une notoriété, du moins une reconnaissance professionnelle suffisante pour pouvoir en vivre… Sauf à être formé en un mois par M6. Le bon peuple, tel que le voit le sinistre Seillière – qui doit posséder des toiles de maître jusque dans ses chiottes, aime tellement ces délicieuses ringardises… Gould s’enfermait pendant des mois pour mettre au point l’interprétation de quelques minutes de Bach. Une société qui ne produit pas de sublime, du ” non comptabilisable “, une société qui se ferme à la vertigineuse et quantifiable
plus value de l’art est une civilisation au bord de la disparition. Seillière et Raffarin et tous ces blaireaux qui croient aimer les jolies choses pensent que l’art se fabrique, les cons. Or, il s’invente. Ce qui n’a rien à voir. Le temps de la fabrication se mesure, celui de l’invention est indéfini. Cela peut paraître dérisoire, on peut s’en foutre, et la majorité des gens peuvent penser qu’ils vivraient aussi bien si Léonard de Vinci ou Mozart n’
avaient jamais existé. Mais ils ont tort. Ce monde, déjà très violent et très
fragile, le serait encore bien davantage sans les artistes. Et ce n’est pas parce que ceux qui l’ignorent sont la majorité qu’ils ont raison.

La deuxième fonction du système des intermittents, c’est qu’il permet de mettre à la disposition des entreprises de spectacle des artistes professionnels à des conditions forcément précaires. Certaines entreprises, d’ailleurs en abusent. Ainsi, on compte 1200 précaires à France Télévisions et 1000 à Canal +. Çà et là, il y a de la fraude. Çà et là, il
y a des abus. C’est regrettable, on peut y remédier. Mais la fraude principale, elle vient des entreprises qui siphonnent impunément l’assurance chômage des artistes en les payant juste le minimum pour que les Assedic fassent l’appoint. Et s’il fallait que l’on supprime tous les organes de la société qui sont coupables d’échec, d’abus et de fraude, que serait- il resté de certaines gestions municipales ? Et notre armée française, qui, sans vouloir l’accabler, depuis Waterloo, n’a connu que des défaites, nul gouvernement n’a songé à réviser son statut pour autant. Et Michel Bon, l’ex-patron de France Télécom, qui a creusé à lui tout seul un trou de 70 milliards d’euros c’est à dire cent fois ce que coûte l’assurance chômage des artistes de toute la France, a-t-il provoqué un mouvement d’opinion pour que l’on remette en cause la politique industrielle de la France ?

La troisième fonction est précieuse. Le statut des intermittents aide à vivre – très chichement, certes, c’est mieux que rien – des artistes mieux que le mécénat ou la subvention, car celui qui en bénéficie est libre de tout projet défini, et peut donc, pendant un certain temps, se livrer à une recherche purement gratuite. Sans cette possibilité, pas d’évolution du
langage humain. Sans ces sursis ” où les artistes ne sont pas condamnés à un ” résultat “, on condamne l’art au plagiat, à l’académisme et à la médiocrité de la répétition.

S’attaquer au statut des intermittents relève à la fois du cynisme et de la démagogie. Du cynisme, car jamais la hausse de leur cotisation ne fera descendre autant de gens dans la rue que la hausse du prix de l’essence, et de la démagogie, parce que ce genre de mesure flatte la bassesse qui consiste à penser que les artistes ne sont que des feignants et des
parasites.

De même qu’un corps peut vivre amputé des jambes et des bras, un pays peut vivre sans une intense activité culturelle. Un pays peut n’être qu’un estomac qui se nourrit et qui rejette ses déchets. Supprimer le statut des intermittents, c’est accepter d’être les barbares des lointaines contrées qui regardent, bouche ouverte, avec un filet de bave qui coule des lèvres,
Athènes édifier le Parthénon. Mais j’exagère. La semaine dernière, en deux jours, Le Monde a consacré deux pleines pages à la renaissance intellectuelle nationale. La première se réjouissait du retour de Sheila, la seconde incitait à la découverte du nouveau disque de Johnny. Tout n’est pas perdu.

P.S. je ne suis pas intermittent du spectacle.

Philippe Val

Mercredi 6 novembre 2002 CHARLIE HEBDO

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